Top 10 des défis de la criminalistique numérique pour les forces de l’ordre
- Quels sont les principaux défis de vérification des médias pour les forces de l’ordre ?
- Adoption malveillante de l’IA générative
- Nouveaux vecteurs de menace alimentés par les deepfakes
- Contenu synthétique à grande échelle
- Vérification des médias et chaîne de conservation
- Compétences en détection des deepfakes
- Outils de vérification des médias
- Interprétation de l’analyse forensique
- Rapports forensiques et explicabilité
- Collaboration sur les affaires de deepfakes
- Législation sur les deepfakes à la traîne

Les preuves numériques étaient un facteur dans environ 90 % des affaires pénales il y a cinq ans. En 2026, ce chiffre sera plus proche de 100 %, et à mesure que les enquêtes des forces de l’ordre se sont numérisées, leur complexité a augmenté de façon exponentielle, avec un nombre toujours croissant d’appareils et de sources de contenu à gérer dans chaque affaire. Cependant, au cours des 12 derniers mois, la croissance explosive des deepfakes malveillants et des médias synthétiques a transformé une situation déjà difficile en un problème presque insurmontable, nécessitant une restructuration du processus d’enquête et de criminalistique.
Au Royaume-Uni, les conclusions d’un rapport d’une commission parlementaire publié en février 2026 ont averti que « la science forensique risque sérieusement de faire défaut au système de justice pénale » et que la criminalistique numérique est en état de crise en raison d’un arriéré croissant et de la menace de preuves deepfakées que les méthodes héritées ne peuvent pas identifier.
Le système de justice pénale peine depuis longtemps à s’adapter à un monde de plus en plus numérique et, par conséquent, la criminalistique numérique a évolué comme une discipline d’enquête plutôt que comme une discipline spécifiquement forensique. Les outils hérités, les pressions environnementales et le volume de médias ont tous contribué à pousser le rôle des forces de l’ordre au-delà de ce qui était habituel pour la collecte de preuves physiques.
Examinons les tendances qui poussent les forces de l’ordre à étudier des outils alimentés par l’IA pouvant aider à automatiser la vérification précise des médias et à maintenir l’explicabilité des résultats afin de lutter efficacement contre la menace des deepfakes.
Quels sont les principaux défis de vérification des médias pour les forces de l’ordre ?
Adoption malveillante de l’IA générative
Les criminels organisés ont tendance à adopter rapidement les nouvelles technologies, ce qui les place souvent un cran devant les forces de l’ordre en matière d’utilisation. Les réseaux de cyberfraude connaissent déjà bien le potentiel de la manipulation du visage et de la voix à des fins d’usurpation d’identité, de vol d’identité et de contournement des processus KYC (Know Your Customer).
Le Crime-as-a-Service (CaaS) est également une tendance majeure de l’écosystème criminel, automatisant et industrialisant de nombreux aspects de l’activité criminelle, tout en abaissant la barrière à l’entrée pour les nouveaux venus et pour les criminels établis cherchant à étendre leurs opérations.
Tout cela a un effet d’entraînement sur une criminalité plus occasionnelle, ainsi que sur des intentions malveillantes moins organisées ou isolées, des outils sophistiqués devenant facilement accessibles pour des activités malveillantes, comme on le voit dans les affaires de sextorsion et de harcèlement.
Nouveaux vecteurs de menace alimentés par les deepfakes
Les unités des forces de l’ordre sont de plus en plus confrontées à des crimes où les médias synthétiques ne sont pas accessoires, mais centraux. Parmi les menaces de plus en plus courantes rendues possibles par les deepfakes figurent l’usurpation d’identité, la tromperie, la pornographie non consentie, les abus sexuels sur mineurs, la sextorsion, le harcèlement et la fraude, ainsi que des opérations de tromperie organisées visant à manipuler l’opinion publique, soutenir les récits de groupes extrémistes ou attiser les troubles sociaux.
On observe également des efforts croissants visant à falsifier ou manipuler des preuves numériques destinées aux enquêtes de justice pénale, ainsi que des tentatives délibérées de perturber le travail de la police. Des deepfakes malveillants publiés sur les réseaux sociaux pourraient être utilisés pour détourner ou induire en erreur les efforts de la police, voire pour discréditer les autorités.
Dans tous les cas, la rapidité compte autant que la précision. La tromperie se produit en temps réel et chaque heure passée à valider un contenu manipulé est une heure perdue pour la protection des victimes, les retraits de contenu ou l’identification des suspects.
Le paysage des menaces évolue rapidement en 2026, et Sensity AI fait partie des rares spécialistes de la détection de deepfakes à maintenir une équipe Threat Intelligence opérant 24/7 sur plusieurs fuseaux horaires afin de suivre les tendances émergentes exploitées par les adversaires. En surveillant en temps réel l’écosystème mondial des deepfakes, l’équipe identifie de nouvelles techniques de manipulation et des schémas de menace dès leur apparition.
Contenu synthétique à grande échelle
On pense que le volume de contenu synthétique sur le web a dépassé le contenu réel en 2025, et des estimations suggèrent que jusqu’à 90 % de l’ensemble du contenu du web pourrait être entièrement fabriqué, ou au moins manipulé par l’IA, d’ici la fin de 2026.
Pour donner une idée de l’ampleur de la génération de médias synthétiques, une étude sur Grok, l’agent IA intégré à X (twitter), estime qu’il a créé plus de trois millions d’images sexualisées en 11 jours en janvier 2026, dont 23 000 d’enfants.
Pour les analystes des forces de l’ordre, qui gèrent une médiane de six à dix dossiers numériques actifs à la fois, le volume de médias synthétiques malveillants produits se transforme en avalanche qui fait dérailler les processus traditionnels, en particulier ceux liés au CSAM (matériel d’abus sexuel sur mineurs).
Pour les affaires impliquant des médias malveillants tels que le CSAM, les enquêteurs disposent généralement d’une fenêtre de temps réduite pour trouver des preuves (48 heures dans certains cas). Et étant donné que la législation dans le monde n’a pas encore rattrapé la tendance de l’IA générative, la charge de la poursuite repose sur la recherche d’images authentiques dans une mer de deepfakes.
Vérification des médias et chaîne de conservation
Historiquement, les preuves audiovisuelles présentées au tribunal étaient considérées comme une représentation authentique des événements, car les médias extraits d’un téléphone, d’une caméra ou d’une vidéosurveillance avaient peu de chances d’être altérés compte tenu de la technologie de l’époque. En 2026, la manipulation par l’IA générative et la création de contenu synthétique se sont démocratisées, et l’équilibre s’est inversé : il n’est plus possible de faire confiance aux médias sans vérification.
Cette évolution est en partie responsable de la transition de la criminalistique numérique vers une discipline d’enquête, les agents des forces de l’ordre jouant un rôle plus direct dans la collecte des preuves. Cependant, il ne s’agit pas seulement de l’augmentation du volume de médias qui crée des arriérés de preuves numériques : de nouveaux défis apparaissent également en matière de chaîne de conservation.
Par nature, la chaîne de conservation des preuves numériques est beaucoup plus complexe, nécessitant la traçabilité des accès autorisés, du stockage et des manipulations, ainsi que la preuve que les copies de données et les analyses ont été réalisées à l’aide de méthodes et d’outils conformes.
Cela a conduit à l’adoption de l’authentification des médias comme processus forensique, afin d’aider les enquêteurs, les analystes et les procureurs à vérifier si des médias numériques ont été altérés, d’où ils proviennent et s’ils peuvent être considérés comme des preuves fiables. Ces conclusions doivent également être défendables et explicables devant un tribunal.
Compétences en détection des deepfakes
Bien que les fausses preuves aient toujours existé et que les forces de l’ordre aient développé des procédures réactives pour évaluer la valeur des preuves, l’ère des deepfakes a créé un vecteur de menace en évolution rapide qui dépasse ces capacités héritées.
Les enquêteurs forensiques professionnels sont hautement formés, et les logiciels forensiques hérités présentent une courbe d’apprentissage abrupte. À cela s’ajoute le fait qu’il n’y a tout simplement pas assez de personnes et pas assez de temps. Le nombre d’analystes expérimentés en criminalistique numérique dans le monde se compte en milliers, ce qui reporte largement l’augmentation de la charge de travail sur les agents des forces de l’ordre et stimule la demande de nouvelles compétences.
Un manque de compétences en matière de preuves numériques peut ralentir les enquêtes et avoir un impact significatif sur le nombre de poursuites. Bien qu’il soit encore possible de détecter manuellement la majorité des médias synthétiques, il s’agit d’une tâche à forte intensité de main-d’œuvre qui nécessite une formation importante. Les outils forensiques hérités ont également une courbe d’apprentissage abrupte et ne sont pas eux-mêmes évolutifs, ce qui amène les équipes des forces de l’ordre à se tourner vers le potentiel de l’automatisation et vers un investissement dans les capacités techniques.
Outils de vérification des médias
Les vidéos, les images et les enregistrements vocaux, autrefois traités comme des artefacts objectifs, sont désormais couramment manipulés, générés de manière synthétique ou montés de façon sélective afin d’induire en erreur les enquêteurs, les procureurs et les tribunaux.
Avec l’explosion des affaires impliquant des deepfakes et l’identification de contenus altérés par l’IA devenant de plus en plus difficile, il est crucial que les experts en criminalistique numérique disposent d’outils avancés.
S’il est vrai que des outils forensiques spécialisés ont toujours existé, ils ne sont pas équipés pour détecter à grande échelle des falsifications sophistiquées générées par l’IA. Les logiciels forensiques hérités d’analyse d’images, de vidéos et d’audio ont été dépassés par les progrès rapides des contenus générés par l’IA. Nous pourrions bientôt atteindre un point où même des professionnels formés ne pourront plus distinguer les médias authentiques des médias manipulés, et nous avons déjà dépassé le point où les volumes de médias suspects sont gérables par les humains seuls.
Les outils hérités de criminalistique numérique sont également des solutions ponctuelles, conçues pour analyser un seul type de média à la fois, alors que les deepfakes modernes combinent de plus en plus des contenus vidéo et audio, ce qui entraîne des flux de travail disjoints, des inefficacités et des problèmes de compatibilité. De plus, l’introduction rapide de nouvelles fonctionnalités alimentées par l’IA dans les ordinateurs et les smartphones rend systématiquement les outils de criminalistique numérique existants obsolètes et peu fiables, ce qui représente un défi majeur pour les enquêteurs, qui peuvent avoir du mal à collecter et traiter les preuves efficacement.
Interprétation de l’analyse forensique
Étroitement liée au déficit de compétences, l’historique montre que les procureurs ont eu une mauvaise compréhension de la pertinence des données numériques pour les affaires et de la manière d’utiliser efficacement les preuves. Les processus hérités de criminalistique numérique font face à des flux de travail disjoints à mesure qu’ils passent à l’ère des deepfakes, augmentant la charge d’interprétation pour l’enquêteur humain et retardant la prise de décision dans les enquêtes sensibles au facteur temps.
Le rapport Cellebrite Industry Trends Report 2026 a révélé que 95 % des répondants à l’enquête sur la sécurité publique estiment que les preuves numériques augmentent la résolubilité des affaires, mais presque autant (94 %) déclarent que la complexité de la gestion des contenus numériques met les charges de travail sous tension. C’est une arme à double tranchant, et seules 62 % des agences des forces de l’ordre réaffectent activement des ressources des méthodes héritées vers les méthodes numériques, alors que la tendance s’accélère.
Pourtant, avec des millions de deepfakes en circulation, les enquêteurs en criminalistique numérique et les professionnels des forces de l’ordre subissent une pression croissante pour traiter de lourdes charges de dossiers avec des outils forensiques hérités qui reposent fortement sur l’interprétation humaine des résultats et retardent considérablement les conclusions. Là encore, cette tendance incite à explorer comment l’IA, l’automatisation et une nouvelle vague d’outils forensiques pourraient atténuer ces difficultés.
Rapports forensiques et explicabilité
L’adoption de l’IA dans le processus forensique soulève d’autres questions d’explicabilité, concernant les résultats du processus analytique. Environ 57 % des analystes forensiques peinent à expliquer des données techniques à des parties prenantes non techniques, ce qui ralentit le processus d’enquête de bout en bout, tandis qu’un nombre similaire de professionnels du droit déclarent que les rapports forensiques sont difficiles à interpréter, ce qui les rend plus difficiles à défendre devant un tribunal.
Lorsqu’il s’agit de vérifier des contenus numériques, ce n’est pas seulement l’explicabilité qui est essentielle pour éviter le « problème de la boîte noire », où les réseaux d’apprentissage profond produisent de manière autonome des conclusions sans interaction humaine ; c’est aussi la présentation et la structuration des rapports forensiques afin de permettre aux tribunaux de s’appuyer sur une analyse technique vérifiable et reproductible, plutôt que sur une interprétation subjective.
Avec si peu d’affaires aboutissant réellement à des poursuites, le processus forensique optimal est révisé de bout en bout, en intégrant les médias générés par l’IA et la détection de deepfakes dès la première étape d’ingestion des preuves, afin que chaque fichier média extrait puisse être automatiquement contrôlé pour détecter des signes de manipulation avant d’entrer dans le dossier d’enquête.
Collaboration sur les affaires de deepfakes
La criminalistique numérique ne fait pas seulement exploser les charges de dossiers en termes de volume, mais aussi sur une surface plus large d’appareils et de sources de contenu, avec une cybercriminalité plus sophistiquée et organisée nécessitant une collaboration interservices et internationale importante.
Plusieurs enquêteurs et analystes doivent pouvoir partager des preuves et coordonner les enquêtes en temps réel, ainsi que collaborer avec les procureurs, des partenaires internationaux ou des autorités judiciaires pour gérer les preuves en toute sécurité afin de constituer des dossiers plus solides, souvent tout en maintenant une souveraineté totale des données dans le cadre de la chaîne de conservation.
Cela se traduit par des réductions spectaculaires du temps de revue manuelle des dossiers de détection de deepfakes, un tri plus rapide de grands ensembles de données et, surtout, une plus grande confiance lors de l’introduction de médias numériques dans des procédures judiciaires.
Législation sur les deepfakes à la traîne
En toile de fond, la législation peine à suivre ces avancées technologiques rapides. À la fin de 2025, aucun pays n’avait introduit de nouvelles lois relatives à l’usage malveillant des deepfakes, bien qu’un certain nombre d’États s’efforçaient de préciser les lois existantes à titre de mesure provisoire.
Fin janvier 2026, la Corée du Sud, longtemps considérée comme pionnière dans la régulation de l’IA, a introduit l’ensemble de lois le plus complet autour de l’IA générative : l’AI Basic Act. Pour les deepfakes en particulier, la loi exige des filigranes numériques invisibles pour les productions clairement artificielles telles que les dessins animés ou les œuvres d’art, tandis que pour les deepfakes hyperréalistes, des étiquettes visibles sont requises.
Du point de vue des forces de l’ordre, cela aura toutefois peu d’impact, car les deepfakes délibérément malveillants ne respecteront pas la législation.
La Corée du Sud a toutefois mené la charge en matière d’arrestations pour des crimes sexuels liés aux deepfakes, mais peine à poursuivre de nombreuses affaires en raison d’un grand nombre d’auteurs mineurs, ce qui souligne la facilité d’accès et la banalisation de l’armement des outils d’IA générative, connus sous le nom de « deepnude apps ».
En février, l’Inde a adopté un cadre réglementaire formel autour de la création de deepfakes, faisant à nouveau peser la responsabilité sur les plateformes de contenu et les outils commerciaux d’IA générative pour étiqueter de manière visible les contenus synthétiques. En augmentant la charge pesant sur les plateformes de partage de contenu, la loi exige également que les réseaux agissent dans un délai de trois heures pour exécuter certains ordres légaux relatifs à des contenus non étiquetés ou malveillants.
Si ces lois sont utiles pour la protection des consommateurs au sens large, elles n’allègent pas la charge des forces de l’ordre en matière d’intervention face à l’utilisation de deepfakes malveillants et, dans de nombreux cas, elles risquent d’ajouter du travail à une fonction déjà surchargée.
Consultez notre manuel sur l’évolution de la criminalistique numérique et le rôle des outils spécialisés dans la détection des deepfakes
